La Halle de Grossouvre

C'est un témoignage unique du passé industriel du Berry qui subsiste sur la petite commune de Grossouvre : une halle à charbon, aujourd'hui transformée en musée interactif, « L'espace métal – la Halle de Grossouvre ».

Toutes les conditions étaient réunies pour faire du Berry un haut-lieu de la métallurgie : étaient présents le minerai de fer, le bois et l'eau, ressources nécessaires à la production de fonte et d'acier. Situé au sud-est du département du Cher, le Val d'Aubois mit à profit ces ressources et bénéficia ainsi d'un développement industriel exceptionnel, dès le Moyen-Age.
Du milieu du XVIIe jusqu'au XIXe siècle, Grossouvre – 200 habitants – a contribué à cet essor. Selon Benoît Jamet, qui a réalisé son mémoire de master sur « Le patrimoine de l'industrie en Val d'Aubois » (Université de Tours, 2009), on retrouve la mention de la forge de Grossouvre sur une carte du XVIe siècle. Des haut-fourneaux s'y élevaient. La demande de fer augmentait alors, en même temps que les besoins de la Marine. A la fin du XVIIIe siècle, les forges de Grossouvre employaient près de 500 ouvriers. Elles étaient la propriété de marchands, et non de nobles. Durant la Révolution, les sites de Grossouvre furent réquisitionnés pour fabriquer des boulets de canon.Au XIXe siècle, la modernisation de l'outillage agricole, de l'artisanat et des transports (avec l'arrivée des chemins de fer) incita les établissements métallurgiques à s'adapter et à multiplier les innovations technologiques. Un des personnages célèbres de cette époque est Georges Dufaud, qui prit la direction de Grossouvre en 1815 et y introduisit des techniques de façonnage du fer inédites en France.

« La « grosse forge » de Grossouvre se composait d’un haut-fourneau (d’environ sept mètres de hauteur) et d’une forge d’affinage. L’ensemble comprenait une halle à charbon de bois, trois autres halles, trois emplacements pour le minerai, des vannes pour les biefs d’eau, des roues hydrauliques, des soufflets, plusieurs champs, prés et logements dont la maison du commis, ainsi que le grand étang de Grossouvre alimenté par l’Aubois et la Fausse Rivière. » (1) La halle à charbon, qui fait aujourd'hui office de musée, a été construite entre 1841 et 1844.
Le site de Grossouvre fut progressivement délaissé au profit de sites de la Nièvre et de l'Allier, qui présentaient une meilleure capacité d'adaptation technologique. Il s'arrêta de fonctionner en 1879.
Que reste-t-il de cette époque ? La Halle à charbon, quelques maisons ouvrières mais aussi « les Galeries », un logement destiné à abriter des familles d'ouvriers, construit en 1833-1834. Il comprenait douze caves semi-enterrées au rez-de-chaussée et deux étages de six logements. Il abrite aujourd'hui des appartements.

Quant à la Halle à charbon, elle fut classée Monument Historique en 1999. Grâce à l'association « Aubois, de Terres et de Feux » et les collectivités territoriales, elle a été réhabilitée et ouverte au public dès 2009. « Sa surface au sol et sa hauteur la rangent parmi les plus vastes constructions jamais élevées dans les forges du Berry. » (1) Remarquable par son architecture, elle est aussi intéressante grâce aux expositions qui y sont organisées à l'intérieur. Ainsi, l'exposition permanente retrace l'histoire de la métallurgie dans la région. Interactive, la scénographie mêle films, maquettes, photographies d'archives, reconstitution d'ateliers, présentation d'outils et d'objets, schémas pour comprendre le fonctionnement des fours, échantillons de minerai… Le visiteur découvre ainsi les différentes étapes de fabrication des rails, des ponts et des charpentes métalliques, ou encore des plaques d'égoût, des canalisations… La scénographie a été conçue et en partie animée par Jamy Gourmaud, le célèbre animateur de l'émission pédagogique et ludique « C'est pas sorcier ! ».

La Halle de Grossouvre fait partie d'un circuit de découverte des sites industriels du Val d'Aubois qui comprend la tuilerie Sauvard à la Guerche-sur-l'Aubois (où se trouve un Centre d'Interprétation de l'Architecture et du Patrimoine (2)) et le site des fonderies à Torteron. Elle est aussi une des étapes de « La Route européenne du patrimoine industriel ».

Tous les renseignements pratiques (jours et horaires d'ouverture, tarifs…) sont à retrouver sur le site https://www.espacemetal.com/

(1) Source : « Le patrimoine de l’industrie métallurgique dans la vallée de l’Aubois (Cher) : l’exemple de Grossouvre » par Benoît Jamet. https://www.espacemetal.com/wp-content/uploads/2019/05/les-fontes.pdf
(2) https://www.ciap-latuilerie.fr/