« Le choix », Désirée et Alain Frappier

Chaque année en France, 200.000 femmes avortent. Elles ont acquis ce droit il y a 45 ans, au prix de longues et douloureuses luttes. Cette histoire tutoie celle de Désirée Frappier. Dans la bande dessinée « Le choix », elle parle, avec délicatesse et force, des enfants désiré·e·s… ou non.

Pendant longtemps, Désirée Frappier s'est interrogée : pourquoi ne trouvait-elle pas sa place au sein de sa famille ? Pourquoi devait-elle sans cesse la quitter pour vivre dans d'autres foyers ? Ses souvenirs les plus heureux de son enfance : un trimestre passé auprès de sa grand-mère trop vite disparue, qu'elle surnomme « Bonheur »...

Adolescente, son chemin croise celui de jeunes femmes qui doivent ruser pour obtenir une contraception. Nous sommes dans les années 1970, la majorité s'acquiert à 21 ans et les femmes sont encore largement prisonnières de l'autorité de leur père.
Au pensionnat de l'école des filles, Désirée rencontre des militantes du MLAC, le Mouvement pour la Libération de l'Avortement et de la Contraception. Elles mènent notamment des actions pour aider les femmes à avorter en toute sécurité (avec la méthode Karman (1), par exemple), organisent des transports vers les pays qui ont déjà légalisé l'avortement, ou manifestent leur soutien à des luttes sociales comme les ouvrières de LIP (2) et les paysannes du Larzac.
A l'époque, les médecins qui pratiquent l'avortement, les femmes qui en bénéficient voire les personnes les ayant aidé (financièrement) sont régulièrement traduit·e·s devant les tribunaux.
Le 29 novembre 1974, après un débat houleux, parfois violent, à l'Assemblée nationale, la loi dépénalisant l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) est votée. Elle a été largement portée et défendue par Simone Veil, alors ministre de la Santé.
Le combat n'est pas fini. Il faudra encore attendre pour que l'IVG soit remboursée par la Sécurité sociale ou que les mineures n'aient pas besoin de l'autorisation de leurs parents.

Le soir même, la mère de Désirée lui rend visite à son cours de danse. Et lui parle. Et c'est ainsi que la jeune femme comprend, son mal-être, son sentiment de n'avoir jamais eu sa place, de n'avoir jamais été désirée. « J'ai souvent rencontré des gens horrifiés que ma mère ait pu me raconter ses avortements, écrit-elle. On encourage toujours les femmes à souffrir en silence. Et comment aurai-je pu comprendre, sinon ? Les enfants portent les silences de leurs mères, des silences qui se transforment en chagrins qui durent. »

Toute la puissance de cette bande dessinée est là. Dans cet entrelacement entre des histoires individuelles – celle de Désirée Frappier et des femmes qu'elle rencontre au cours des années 1970 et 1980 – et notre histoire commune, à tous et à toutes, qui consacre la vraie liberté d'un choix. Celui de disposer de son corps.

Sans tabous, sans tomber dans le débat purement moral ou dans le pathos, Désirée Frappier offre ici un récit sincère, servi par les illustrations de son mari, Alain Frappier.
De nombreux témoignages et documents historiques enrichissent le propos, notamment dans un chapitre bonus : coupures de presse, affiches d'époque, sondages, interviews de professionnel·le·s de la santé et de militant·e·s associatif·ve·s…

« Le choix » a été édité en 2015 à l'occasion du 40e anniversaire de la loi dite « Veil » par La Ville Brûle et réédité en 2020 chez Steinkis.

Plus d'informations sur le site des auteur·ice·s : https://dafrappier.weebly.com/le-choix.html

(1) Méthode Karman : technique qui doit son nom à l'américain Harvey Karman, militant pour la liberté de l'avortement dans les années 1950. Il s'agit d'une méthode d'aspiration du contenu utérin. En France, la première démonstration d'avortement par cette méthode a eu lieu dans l'appartement de Delphine Seyrig en 1972. Elle permettait un avortement sûr, au contraire des techniques employées jusqu'alors par les médecins ou les femmes elles-mêmes, et qui pouvaient leur coûter la vie.
(2) L'usine LIP à Besançon fabriquait des montres. Elle a été le théâtre d'importants mouvements sociaux et d'expériences d'auto-gestion. Cette histoire est racontée notamment dans le documentaire « Les LIP, l'imagination au pouvoir » de Christian Rouaud.