Compagnon d'un jour... compagnon toujours ?

« L'enfer, c'est les autres, écrivait Sartre. Je suis intimement convaincu du contraire : l'enfer, c'est être coupé des autres. » Abbé Pierre, fondateur du Mouvement Emmaüs (Confessions, aux éditions Albin Michel).


« Emmaüs, c'est un ovni dans le paysage français. »
Jean Gaucher, responsable de la communauté Emmaüs du Cher.

« Compagnon d'un jour, compagnon toujours ! » William, représentant des compagnons au Conseil d'administration de la communauté du Cher.

Allez, fais-moi ton rapport d'étonnement ! » A tous les visiteurs, stagiaires, volontaires qui s'intéressent à la communauté Emmaüs du Cher, Jean Gaucher, le responsable, adresse la même Equipe La Chapelledemande : un rapport d'étonnement. Il y a trois jours que je suis arrivée sur le site de La Chapelle Saint-Ursin, en périphérie de Bourges. Mais la première surprise est venue bien avant, lors de mes repérages, en apprenant qu'Emmaüs est la seule association de ce type indépendante de toute subvention. Autonome.
La seconde surprise, je l'ai ressentie le premier matin, alors que je serrais une à une les mains des compagnons et compagnes. Le souvenir des compagnons croisés durant mon enfance - visages burinés et corps de routards fatigués sous des vêtements aux couleurs et formes improbables – laissait progressivement place à la vision d'hommes et de femmes de toutes nationalités, bien mis, simplement réunis dans la cour comme sur n'importe quel chantier où s'apprête à débuter la journée. Français, Algériens, Albanaises, Nigérian, Sénégalais, Tchadienne…
La troisième surprise m'a saisie lorsque j'ai arpenté les salles consacrées au tri. On sait que les compagnons sont des « chineurs », qu'ils vivent du don d'objets qu'ils revendent ensuite. Mais personne ne peut imaginer les quantités reçues chaque jour ! Des montagnes de vêtements, de chaussures, de vaisselle, des tonnes de meubles, de bibelots, de livres…
Les compagnons sont ainsi en prise directe avec des maux profonds de notre société : le rejet des autres et des choses, comme si rien n'avait de valeur que soi. Leur remède ? L'entraide. Et ainsi, ils font vivre le message originel du fondateur d'Emmaüs, l'abbé Pierre : « Aide-moi à aider les autres. »

 

 

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Tarik La ChapelleNe pas manquer le plus beau

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Mardi 18 avril, 7 h 30.
Le rituel du rapport d'étonnement n'est pas le seul. Pour tous, le « bizutage », c'est la fripe. Dans la grande salle de vente dédiée aux vêtements et chaussures, on me présente Fatima, Luljeta et Idajete, compagnes. Quelques minutes plus tard, arrive Evelyne, bénévole. On m'assigne aux pantalons. Ma tâche est simple : vider ce qu'il y a sur la table dans des sacs poubelles jaunes, avant d'y remettre de « nouveaux » pantalons arrivés par chariots de la salle de tri.
Je ne comprends pas le sens de ce que je fais : les vêtements que je « jette » ont l'air en parfait état. Quand on me demande de recommencer avec le linge de maison, je craque. Pourquoi ? Fatima m'éclaire : elle m'emmène un peu plus haut, dans l'espace de tri : « Là, tu vois ? Tout ce qui arrive aujourd'hui ? On doit mettre ça sur les tables. » Mes yeux effarés découvrent des dizaines de sacs de vêtements, récupérés chez les gens, dans les points de collecte… Pour ne pas manquer le plus beau, ce qui se vendra le mieux, on déblaie quasiment chaque jour les « vieux » articles au profit des « nouveaux ». Ils ne vont pas à la poubelle : « Ils vont au Relais, m'explique Evelyne. Même quand on croit qu'on ne plus rien en faire, le textile sert d'isolant ou à rembourrer des matelas. »

9 h 15 : c'est la pause au restaurant de la communauté. Les tartines de confiture côtoient les sandwiches. Aussi simple qu'il puisse paraître, le travail est fatiguant. Il suppose une longue station debout, au moins sept heures par jour, et de la concentration pour évaluer, ranger, mettre en valeur. Ceux qui « ramassent », comme ceux qui trient ou installent… : personne n'est épargné, chacun est dans son rôle, selon ses compétences et ses capacités.

A la reprise, Fatima me livre un peu de son histoire. Tchadienne, elle a fui sont pays vers la Lybie où elle est restée deux ans. La guerre l'a jetée sur la mer, jusqu'en Italie. Elle est arrivée en train à Marseille, puis Orléans, Vierzon et enfin, Bourges. A 30 ans, elle rêve de maison et de famille. Et de papiers. Mais elle ne se plaint pas : une amie rencontrée à Vierzon la prend avec elle chaque week-end pour qu'elle sorte de la communauté, qu'elle vive autre chose. Derrière son sourire et sa bienveillance quasi maternelle, une grande mélancolie.

Midi : Tonio, le cuisinier, sonne la cloche du restaurant. Je m'installe à la table de Toufik et de Zaïr, Algériens, et d'Israël, Nigérian. Jeunes, ils n'ont pas l'intention de rester vivre dans une communauté. Ce qu'ils attendent ? Des papiers qui régulariseraient leur situation et leur permettraient de chercher une formation ou du travail « dehors ». Dans leur pays, Toufik était peintre en bâtiment, Zaïr étudiant, Israël infirmier. Les raisons de leur départ sont variées : une histoire d'amour, un système politique et économique oppressant, la guerre…

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Vêtements La ChapelleDe 16 à 58 compagnons en six ans

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14 heures : l'heure de la vente. Chaque mardi après-midi, jeudi après-midi et samedi toute la journée, les portes s'ouvrent aux clients. Ce sont toujours les « brocs », les brocanteurs, qui arrivent les premiers.
Les autres profils sont variés : des bourgeois qui traquent la belle fringue aux jeunes punks stylés, en passant par la famille en difficulté financière ou la grand-mère fidèle à la communauté qui vient acheter autant que prendre des nouvelles...

J'aide Idajete et Luljeta à accueillir les clients. Progressivement, Ida me raconte : âgée de 43 ans, elle a fui le Kosovo à cause de la guerre et de la misère. Elle ne peut pas en dire plus, sinon elle pleure, m'avoue-t-elle les larmes déjà aux yeux. Coiffeuse, devenue allergique aux produits, elle aimerait pouvoir travailler dans un magasin de vêtements. « Car j'aime vraiment la mode. Mais il faut que j'améliore mon français. » Après de nombreux refus, elle attend une nouvelle réponse de la Préfecture pour ses papiers. Une source d'angoisse qui jette une ombre sur son regard vif. « Il me faut ces papiers pour sortir d'ici ! Je ne veux pas finir ici ! C'est temporaire, c'est pas la vie, je veux faire autre chose de ma vie ! »

A 18 heures, la vente terminée, chacun rentre chez soi ou flâne à l'extérieur en attendant le dîner. Les chats – plus nombreux que les compagnons dit-on – sortent de leur cachette, cherchent des câlins. Il y a six ans, lorsque Jean Gaucher est arrivé, la communauté, moribonde, ne comptait plus que 16 compagnons. Un ancien responsable était parti avec la caisse. Aujourd'hui, ils sont 58 sur trois sites différents : La Chapelle Saint-Ursin, Vierzon et Saint-Amand-Montrond. « Et on en refuse vingt par semaine », soupire Jean Gaucher. Pourquoi ne pas ouvrir un quatrième lieu ? Parce que, si l'équilibre financier est assuré depuis cinq ans, il reste fragile. « Un compagnon coûte 1.000 euros par mois hors investissement. Faut en vendre des babioles à un euro ! »
Mais pourquoi ne pas diversifier les activités ? Du maraîchage ? De l'autoconstruction ? En plus de revenus supplémentaires, cela développerait l'autonomie des communautés. « Certaines le font, répond Jean, comme avec les maisons en palettes. Mais notre identité, notre coeur de métier auprès du public, ça reste le bric-à-brac. »

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LivresChez Emmaüs, l'accueil est inconditionnel

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Jeudi 20 avril. Jean Gaucher m'emmène sur le site de Vierzon, où vivent et travaillent neuf compagnes et compagnons. « On a ouvert Vierzon en saisissant une opportunité. » Il y a trois ans, une femme s'est adressée à lui. Elle venait d'hériter de son patron, d'une entreprise de menuiserie. Elle l'a vendue au prix des Domaines (*). Trois hectares en plein centre-ville !

J'y rencontre Taïra, Ouzbèque, qui parle un très bon français. Elle était comptable dans son pays et possède également un diplôme de travailleuse humanitaire. Arrivée en France il y a deux ans, elle attend… ses papiers. Notre conversation tourne autour du travail. Taïra, comme la plupart des compagnes et compagnons, lui accorde une grande valeur. Un synonyme de liberté. Ses propos me font intérieurement sourire ; on dirait une « vraie » Française bleu-blanc-rouge : « Je ne comprends pas ceux qui touchent des aides et qui ne font rien ! » Les papiers ? « Ce n'est pas pour dire, mais moi, je les mérite. »

Chez Emmaüs, l'accueil n'a rien à voir avec le mérite. Il est « inconditionnel ». Jean m'explique : « En France, si tu es une personne âgée, tu es accueillie à la maison de retraite. Si tu es une femme battue, tu es accueillie dans un foyer pour femmes battues. Si tu es toxico, tu es accueilli dans un centre de désintox… Et bien, chez nous, on accueille Fanny, qui peut-être tout ça et tellement plus à la fois. C'est ça, l'inconditionnalité de l'accueil. C'est la personne, dans son ensemble, qui prime. »

Autonomie. Inconditionnalité de l'accueil.
Une autre particularité des communautés Emmaüs est leur statut, créé par le législateur rien que pour elles : OACAS, Organismes d'accueil communautaire et d'activités solidaires. Les compagnes et compagnons sont des « travailleurs solidaires », ce qui leur garantit un accès aux droits à la santé et à la retraite. La communauté cotise pour eux à l'Urssaf à hauteur de 40 % du Smic. Nourris et logés, ils perçoivent un « pécule » de la communauté (lire (Re)découvrir). C'est uniquement le fruit des ventes et donc, de leur activité et de celle des bénévoles, qui le permet.

A midi, nous prenons le repas préparé par Nabil. International : sur la table, des aubergines grillées, des crudités, des olives, des boulettes de viande, des spaghettis, du riz… J'interroge Jean : pour les investissements, comme l'achat du site de Vierzon, reçoit-il de l'aide du Mouvement Emmaüs France, du « national » ? « Non, l'organisation d'Emmaüs n'est pas pyramidale. C'est une mozaïque. Chaque communauté est autonome et gère ses projets comme elle l'entend. » Association de loi 1901, la communauté est dirigée par un Conseil d'administration où siègent des bénévoles et deux compagnons, William et Thierry.

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Compagne et bénévole vierzon

Des allers-retours possibles

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Vendredi 21 avril.
Les routards de mon enfance n'ont pas tout à fait disparu. A l'espace de tri, se tient Christian. Rasé de près, bien habillé, il ne fait pas ses 70 ans. Pourtant, il a connu la rue, l'abandon de soi. C'était il y a vingt-deux ans. « J'ai perdu mon boulot, j'ai plongé dans l'alcool, j'ai fait quelques conneries… C'est comme ça que je suis arrivé à Emmaüs Bourges. Ici, j'ai rencontré une bénévole avec qui j'ai vécu pendant 17 ans. » « Dehors », il s'inscrit en intérim. « J'ai connu trois jours de chômage. Après, je n'ai jamais arrêté de travailler. J'étais chauffeur. » Mais le revoilà à La Chapelle Saint-Ursin.« Ma compagne est décédée il y a trois semaines. » Les enfants de celle-ci ont voulu vendre la maison. Avec sa petite retraite, où aller ?
Lorsque le Conseil d'administration a posé la question de son retour aux délégués des compagnons, la réponse a fusé : « Compagnon un jour, compagnon toujours ! » Ainsi, les allers-retours sont possibles. « Si tu as le cul propre, précise Jean Gaucher, c'est-à-dire si tu n'as rien fait de mal dans la communauté. » Il reconnaît qu'un fichier national d'informations sur les compagnons existe. « Mais je ne le consulte jamais et ne le renseigne jamais. » Un droit à l'oubli, en somme.

Celui qui a passé le plus de temps à La Chapelle Saint-Ursin, c'est Michel, 68 ans, dont 33 à la communauté du Cher. Il se souvient des débuts : « Avant, les bâtiments servaient pour les vaches en quarantaine. Après, les compagnons sont arrivés, une quinzaine. On n'avait qu'une douche. On dormait dans des cabanes en bois dans le hangar qui sert au tri maintenant. Il faisait froid là-dedans ! Là où il y a le « rétro », c'était la cuisine. » Progressivement, de nouveaux bâtiments, plus confortables et plus fonctionnels, ont été construits. Mais des aménagements restent à apporter, notamment aux sites de Vierzon et Saint-Amand-Montrond.

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Camion St Amand

Des montagnes russes

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Saint-Amand-Montrond. C'est là que nous nous rendons en milieu de matinée. Officieusement, Jean Gaucher a repris le site en juillet 2016, officiellement en janvier 2017. Il y a trouvé des logements à la limite de l'insalubrité et des compagnons désemparés. Leur ancien responsable était parti monter une autre communauté en choisissant les « meilleurs » et en laissant les autres ici. Un drame pour la confiance que ces hommes, déjà meurtris, placent en Emmaüs.

Pour relancer une dynamique, Jean Gaucher a réorganisé le magasin et les horaires. Comme à Vierzon, deux ventes s'y déroulent chaque semaine, le mercredi et le samedi. Un plan de travaux pour les chambres des compagnons a été élaboré (lire (Re)découvrir).

Nous passons la journée à trier des cartons de vaisselle et de bibelots. A midi, je rencontre Oussama, qui gère la salle de vente des meubles, un jeune Marocain diplômé en informatique dans son pays. « J'avais commencé une formation en France, à Limoges, mais j'ai dû arrêter parce qu'ils n'ont pas voulu renouveler mes papiers. » Il raconte, presque gêné, les boulots au noir grâce à des amis, les nuits à dormir dans les caves, dehors. « C'était très dur avant d'arriver à Emmaüs. Maintenant, j'attends mes papiers. Je compte bien reprendre mes études. »
Il y a aussi Oleg, Russe, la quarantaine, costaud, les yeux bleus quasi transparents. Il parle allemand et un peu anglais. Une histoire d'amour qui a fini dans l'alcool, des difficultés financières et le voilà devenu compagnon. Il me pose des questions sur (Re)bonds. Je tente de lui expliquer le sens du mot, concrètement et symboliquement. Son visage s'illumine. Il répète en allemand : « Je comprends, je comprends », avant de se désigner du doigt et de dessiner avec sa main, des montagnes… russes.

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Dépôt La Chapelle

« Je me sens utile »

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Des hauts et des bas. Jean Gaucher sait. Connaît. A 27 ans, il était un violoncelliste d'orchestre reconnu, gagnait beaucoup d'argent. Une rupture, l'alcool, une tentative de suicide, quatre jours de coma. « Mais ce n'était pas mon tour. J'ai survécu. Quand j'ai ouvert la porte de ma maison, complètement dans les vappes, j'ai vu le camion des compagnons pour un ramassage chez un voisin. Ils m'ont recueilli. » Ils lui font rencontrer l'abbé Pierre, avec qui il noue une vraie relation privilégiée. « Il devait bien m'aimer parce que je me révoltais. On a une image de lui du p'tit vieux gentil, tout tremblant… mais ce n'était pas un tendre, l'abbé Pierre ! » Progressivement, Jean a pris des responsabilités au sein du Mouvement, jusqu'à lancer Emmaüs Défi à Paris. Mais quand les événements ont tourné à la politique, il a choisi de reprendre une communauté « qui allait mal ». La Chapelle Saint-Ursin.

Autre histoire, autre changement de vie : Gwen, responsable adjoint, autrefois chargé de communication du ministre de la Santé, Claude Evin. Il vivait alors en Région parisienne. « J'ai découvert la communauté du Cher parce que mon beau-père y est bénévole. Un week-end avec ma femme, on est venu donner un coup de main pour une grande vente. Quelques mois plus tard, mon beau-père m'appelait pour me dire que Jean cherchait un adjoint et que mon profil l'intéressait. Je suis fonctionnaire, j'ai pris une disponibilité. C'était il y a cinq ans. » Regrette-il ? « Pas du tout ! Je me sens utile, surtout quand je vois l'évolution de certains compagnons. »
A l'image de Ludo, qui est en cours de « sortie ». Il travaille régulièrement « dehors » comme chauffeur mais vit toujours à la communauté. « On ne peut pas, du jour au lendemain, dire à un compagnon : « Maintenant, tu te débrouilles tout seul » ; ça doit se faire par étape, tranquillement », souligne Jean Gaucher. Pas question de risquer l'échec.

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Abdoulaye à lécoleL'école, pour apprendre le français

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Jeudi 4 mai, 8 h 30.
Cahiers et trousses en main, une quinzaine de compagnes et compagnons se dirigent vers « l'école », le foyer transformé ainsi chaque lundi et jeudi matin. Ils sont une quinzaine autour de la même table. A l'extrêmité : Maryline Bailly, formatrice de l'association « Accueil et promotion » (**), qui propose notamment l'apprentissage du français à des personnes d'origine étrangère. « Ici, la complexité, c'est que les compagnons ont des niveaux très différents », souligne-t-elle. Si certains ne savent ni lire ni écrire - y compris dans leur propre langue - d'autres en sont à la découverte de la littérature française !
Pourtant, c'est bien tous ensemble qu'ils abordent le début de la séance. L'émulation collective est essentielle : on s'entraide, une fois de plus. Compréhension de textes, conjugaison, dictée pour travailler l'orthographe et le vocabulaire… Les exercices sont courts, pratiques, concrets. L'ambiance est à la fois studieuse et détendue. On se pousse du coude, on fait des blagues sur le double sens des mots, on se corrige, on s'encourage… Le tout, à voix haute, en français ou dans sa langue maternelle quand elle s'échappe !
De petits groupes sont ensuite constitués, en fonction des besoins pédagogiques. Bernadette Château et Philippe Nivet, bénévoles de « Accueil et promotion », secondent la formatrice. Ils viennent aussi le lundi matin pour une deuxième séance, cette fois seuls : « Mais les compagnons sont moins assidus parce que c'est leur jour de repos. »
Objectif principal affiché : les rendre autonomes. Mais les compagnons d'origine étrangère pensent aussi à leurs papiers. La maîtrise de la langue française est une des conditions imposées par la loi pour les obtenir. « Il y a une convention entre l'association et Emmaüs pour que les compagnons qui veulent des papiers puissent être suivis, précise Maryline. Nous pouvons leur délivrer une attestation reconnue par la Préfecture. »
A raison de quatre heures seulement par semaine, l'école leur permet-elle réellement de faire des progrès ? « Oui ! Ils en font beaucoup, parce qu'ici, ils ont une chance : ils sont en contact permanent avec des gens qui parlent français, compagnons, bénévoles, clients... »

L'après-midi, je pars en camion avec William et Maxime : nous allons « ramasser » chez des religieuses installées à Saint-Doulchard. Elles sont accueillantes, prévenantes, nous aident à charger. William, dix ans de communauté à travers toute la France, me confirme : « L'accueil est généralement plutôt bon. »

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William camionPas une solution, mais un début

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Retour à La Chapelle ; on vide le camion dans l'immense hangar déjà bien plein. Face à l'ampleur de la tâche, comment ne pas se décourager ? « En gardant l'amour des beaux objets, répond Gwen en triant de vieux programmes de la Maison de la Culture de Bourges. Il faut garder l'attention parce que, parmi tous ces objets a priori ordinaires, on peut trouver l'extraordinaire. » Ainsi, les compagnes et compagnons qui travaillent au tri doivent apprendre à avoir l'oeil, à « tirer la valeur » des cartons, à distinguer ce qui ira dans la cour avec les objets du quotidien, de ce qui sera vendu plus cher lors d'une grande vente, par exemple.

Mon immersion prend fin. Au soleil, j'observe Anne, encadrante, dans l'espace « plein air » installé pour une prochaine vente à thème. Je songe que, sans doute, jamais cela ne prendra fin...
La conclusion ? Je la lis dans le rapport d'activités que Jean Gaucher a livré quelques jours plus tôt à l'assemblée générale de l'association. « Qu'avons-nous fait de notre talent en 2016 ? (***) » « (…) Le plus important à mes yeux réside dans le fait que dans cette période trouble, désillusionnée, aquoiboniste, inquiète, des gens que rien ne prédestinait à oeuvrer ensemble et qui, pour beaucoup, semblaient condamnés au bord du chemin ont réussi à se tenir debout, déjà, et encore au-delà de nos petites personnes à dégager des ressources et de l'attention pour plus souffrants qu'eux… Ce n'est certes pas une solution. C'est de toute évidence un début. »

(*) Les Domaines : terme désignant les services de l’État chargés d'estimer, d'acheter et de vendre des biens mobiliers et immobiliers. Leurs estimations sont jugées généralement basses. (**) www. accueil-promotion.net. (***) Référence à la parabole des talents ; Evangile selon Matthieu (chapitre 25, versets 14 à 30).

 

Ventes et contacts

  • La Chapelle Saint-Ursin : ventes les mardi et jeudi de 14 h à 18 h, le samedi de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h.
    Dépôt du lundi au samedi de 8 h à 12 h et de 14 h à 17 h.
  • Vierzon : ventes le mercredi de 14 h à 18 h et le samedi de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h.
    Dépôt du lundi au samedi de 8 h à 12 h et de 14 h à 17 h.
  • Saint-Amand-Montrond : ventes le mercredi de 14 h à 18 h et le samedi de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h.
    Dépôt du lundi au samedi de 8 h à 12 h et de 14 h à 17 h.
  • Les prochains événements à La Chapelle Saint-Ursin : grande vente le samedi 3 et dimanche 4 juin de 10 h à 18 h ; magasin rétro le samedi 10 juin ; vente spéciale « fête de la musique » le samedi 17 juin.
    Prochain événement à Saint-Amand-Montrond : ouverture de La Boutique le samedi 3 juin.
  • Standard commun aux trois sites : 02.48.66.40.60.
  • Plus d'infos sur : http://www.emmaus-du-cher.com.