Radio Résonance

Comment le son peut-il habiter un territoire ? Sa propagation par la radio est un moyen. Zoom sur Radio Résonance, une structure associative qui a débuté dans les locaux du Groupe de Musique Electroacoustique de Bourges (GMEB). Gérard Bouillaguet, responsable des programmes de jour, répond à nos questions.

Les origines

« En quelle année est née l'Association Pour une Radio Associative et Culturelle (APRAC) à Bourges, berceau de Radio Résonance ?

Elle ne s'est pas toujours appelée Radio Résonance. La première souche est née en 1982. Elle s'appelait RCB pour Radio Culture de Bourges.
Nous avions l'autorisation depuis 1981. Avant, la radio était monopole d’État.
Au départ, la radio était hébergée en mode camping, dans des locaux du Groupe de Musique Electroacoustique de Bourges (GMEB). L'émetteur était installé sur l'ancienne Maison de la Culture.
L'Association Pour une Radio Associative et Culturelle à Bourges est née officiellement en 1991.radio résonance

L'APRAC a-t-elle d'autres activités en dehors de la radio ?

Non, c'est sa seule activité.

Qui sont ses fondateurs ? Etaient-ils déjà impliqués dans le milieu de la radio ou débutants ?

Il n'y avait que des débutants. Par exemple, un des tout premiers était Christian Fève (1), alors professeur de sport passionné de chanson française. Je n'étais pas là au tout début, je suis arrivé en 1994.

Quels étaient leurs objectifs ? Qu'est-ce qui les motivait à l'époque ?

Diffuser certains auteurs et compositeurs qui ne passaient pas sur les radios officielles. Même s'il y a quelques années de différence entre les deux, le destin de la radio est aussi lié à celui du Printemps de Bourges. Il y avait des idées communes.
Un autre des objectifs était de soutenir des communautés, notamment les Dom-Tom, qui n'avaient pas leur place sur les autres antennes.
Peu à peu, la radio est devenue de plus en plus culturelle avec des émissions sur le théâtre, les arts plastiques, la musique électro-acoustique…

A partir de 1991, des émissions étaient réalisées autour des quartiers nord de Bourges. La radio s'y est installée dans un HLM, dans une tour. Nous avons dû partir, à cause d'un projet de rénovation urbaine. Nous sommes toujours aux Gibjoncs mais sans doute plus pour très longtemps… On fuit l'urbanisation !

Faire de la radio, c'est entrer chez les habitants d'un territoire, dans leur quotidien. Est-ce qu'il s'agissait d'une manière d'habiter son territoire, de l'animer, de le faire vivre ?

Il y avait l'envie de favoriser les initiatives locales.

Les radios étaient libres mais il fallait bien vivre : en 1982, l’État a créé une subvention, le fonds de soutien à l'expression radiophonique, qui constitue la plus grande partie des recettes des radios associatives. Mais la contrepartie, c'est que notre radio est devenue « locale », donc limitée au niveau de sa puissance d'émission.
L'aspect « local » a orienté notre ligne éditoriale. Mais il y avait de quoi faire, quand même !

Combien d'auditeurs l'écoutaient ?

Médiamétrie et des étudiants réalisaient régulièrement des sondages. Mais nous avions les résultats par défaut, en soustrayant ceux des radios nationales.
Depuis quelques temps, nos émissions sont disponibles en podcast sur Internet. Sur un an, on dépasse largement le million de visiteurs. On connaît leur provenance : certains vivent même à San Francisco, au Japon… Mais on ne sait pas trop ce que ça veut dire ! Ils cliquent, mais est-ce qu'ils écoutent vraiment l'émission ?
La radio est définie comme locale mais on nous écoute dans le monde entier.

Aujourd'hui

Quelle est la ligne éditoriale de Radio Résonance, les valeurs sur lesquelles se fondent l'équipe, les émissions, les programmes musicaux ?

Il n'y a pas de contrainte, chacun peut proposer ce qu'il souhaite.

L'équipe est constituée de 35 animateurs bénévoles et associations (2). D'où viennent-ils ? Quels sont leurs profils ?

La plupart se sont proposés, on est allé chercher certains. Comme moi : j'étais musicien professionnel, on est venu me chercher pour assurer une émission musicale, puis classique et je termine par l'information locale et le journal des sports. La radio mène à tout !

La formation est faite en interne, avec une aide au départ sur le plan technique. Ensuite, il faut être autonome. Le 9/10e des programmes est réalisé en totale autonomie, parfois de loin, depuis le domicile de l'animateur.

Vous avez aussi des partenariats avec des associations locales comme Emmetrop et Attac 18 ou d'autres radios associatives comme Radio Balistique de Châteauroux. Pourquoi ? Comment se sont-ils noués ?

Cela nous permet d'enrichir la grille des programmes. Par exemple, Radio Balistique a une émission littéraire. On l'échange contre une émission de musique.
Nous avons aussi des anciens du monde de la radio qui sont devenus producteurs indépendants à qui on prend des émissions. Financièrement, ça ne coûte rien, leur but étant qu'un maximum de personnes écoutent leurs émissions.

Quelles sont les originalités de votre grille des programmes ?

(Silence). Je ne sais pas trop… Il y a une espèce d'érosion. La plupart des radios associatives et locales proposent plus ou moins la même chose.
Il n'y a pas tellement de radios à aborder les arts plastiques. Il y a aussi des spécificités liées à la région, comme les émissions sur le Printemps de Bourges ou le parler berrichon, mais j'imagine qu'en Alsace aussi, il y a ce genre de thématiques !

La radio est dite « libre », notamment parce qu'elle fonctionne sans aucune ressource publicitaire. Quel est le modèle économique ?

Pour ça, on pourrait parler de vraie ligne éditoriale !
Pour les radios locales, la règle est que les recettes publicitaires ne doivent pas dépasser 20 % du budget global.
Nous, nous n'en avons aucune. C'est notre liberté.
Nous avons aussi fait le choix de ne toucher aucune subvention de la Ville de Bourges et du Conseil Départemental du Cher. Comme ça, on dit ce qu'on veut.

Nous percevons une subvention annuelle nationale via le fonds de soutien à l'expression radiophonique, ce qui représente environ 40.000 euros. Elle a beaucoup diminué ces derniers temps. Cette subvention avait été mise en place à l'époque des Socialistes, pour libérer les radios de la publicité.

Nous avons aussi eu des emplois aidés, tant qu'il y en a eus. Il nous reste une salariée mais ce sera bientôt terminé.

Le matériel informatique est amorti. En ce moment, pendant que nous parlons, la radio fonctionne toute seule. Il est fini le temps où les animateurs étaient présents en permanence dans les studios.

Le plus gros de nos dépenses, 13.000 euros par an, concerne la diffusion hertzienne. Nous avons beaucoup de frais liés aux télécommunications, notamment pour trois lignes Internet dont deux pour l'acheminement vers le pylône.

Nous sommes logés gratuitement, dans des mètres carrés réservés aux associations à l'époque de la construction des logements sociaux.

Radio Résonance fait partie de la fédération des radios « Quota ». De quoi s'agit-il ?

« Quota » est un collectif de radios qui encouragent la diffusion de la chanson française. La loi nous oblige à diffuser 60 % de chansons francophones, ce qu'on a toujours fait naturellement. Notre fonds de sauce musicale, c'est la chanson française, les musiques émergentes et les jeunes auteurs compositeurs.

La radio est souvent estampillée « à Gauche », voire « à Gauche de la Gauche ». Etes-vous d'accord avec cette étiquette ?

Non, je ne suis pas d'accord. Etre libre, ce n'est pas forcément être de Gauche. Et après la Gauche de la Gauche, il y a sans doute la liberté.

Mais à une époque, c'était peut-être vrai, parce que la radio était portée par des gens de Gauche, notamment du Parti communiste.
Ensuite, elle aurait virée Europe Ecologie - Les Verts.
Moi, je suis plutôt sceptique, dans l'expectative. J'essaie de rendre les gens méfiants, critiques.

La radio, elle, est indépendante de toute forme de partisanat politique.

Selon vous, comment la radio et les sons qu'elle diffuse « habitent » le territoire ?

La radio vit dans un endroit où elle est totalement ignorée. Dans le quartier où elle est installée, domine plutôt la télévision.
Mais elle est mise en œuvre par des bénévoles qui habitent Bourges, le Cher et qui parlent de ce qu'ils connaissent, qui essaient de donner la parole à tout ce qui se fait en terme d'initiatives locales.

L'avenir

Quels sont les projets de Radio Résonance ? Comment imaginez-vous son avenir ?

Il est possible que la radio en soi ne survive pas à ses créateurs… ou alors pas très longtemps.
Ce n'est pas un problème technique ou financier, c'est un problème humain. Les pionniers ont environ 70 ans. Un peu de jeunesse est venue, comme l'équipe d'Emmetrop, mais nous aurions besoin de davantage de renouvellement. C'est un problème que connaissent de nombreuses associations.
J'ai l'impression que les jeunes s'engagent volontiers mais que la forme associative leur semble trop lourde, qu'ils préfèrent les collectifs par exemple.

Nous pouvons donc lancer un appel à ceux et celles qui voudraient vous rejoindre ?

Toute personne qui vient avec une chronique ou une idée d'émission est la bienvenue !
Nous n'avons pas encore d'animateur pour une émission de jazz, par exemple… »

Propos recueillis par Fanny Lancelin

(1) Christian Fève assure toujours la sélection musicale sur Radio Résonance.
(2) et une salariée.

PLUS

  • www.radio-resonance.org
  • Pour rebondir sur le sujet de l'électroacoustique (Lire la rubrique (Ré)acteurs), vous pouvez écouter l'émission animée par Philippe Auclair, Musique et Synthèse (consacrée à la musique électroacoustique, instrumentale et vocale des XXe et XXI siècles), en direct et en podcast sur www.radio-resonance.org